Philippe GUICHET (Taï Chi Chuan) le 04 juin 2009

Le 04 juin 2009

Dans le club de Varennes-Jarcy, ce ne sont pas les passionnés qui manquent. Nous nous tournons aujourd'hui du côté de la section Taï Chi Chuan pour interviewer Philippe, professeur, compétiteur, philosophe, mordu d'arts martiaux et de culture chinoise. Côté passion, il en a à revendre ...



- Peux-tu nous dresser rapidement ton parcours de pratiquant du Taï Chi Chuan ?

J'ai commencé à pratiquer le taichi en mars 1995, parfois de façon intermittente au début. En juin 2002 j'ai passé le certificat de moniteur bénévole (le "brevet fédéral" dans d'autres sports), après avoir suivi une formation fédérale sur l'incitation de mon professeur.
Grâce à l'appui de Rudi, j'ai pu entrer en contact avec la mairie de Varennes, convaincre de la mise à disposition d'une salle (sans trop y croire à la Mairie il me semble au début mais avec une belle ouverture d'esprit) et j'ai créé le cours en septembre 2002.
En 2007, j'ai réussi l'ATT2 (attestation technique de niveau 2) examen préalable pour pouvoir s'inscrire à la formation qui va être créée, le CQP (certificat de qualification professionnelle) qui correspond à l'ancien Brevet Professionnel et permet d'enseigner professionnellement (rémunéré) à concurrence d'environ 350h par an.
Le CQP n'existe pas encore, j'attends donc 2010. De toutes façons, je n'ai pas l'intention de me faire payer pour donner des cours pour l'instant (pour compléter ma retraite à 70a peut être..).
Pour finir, en 2007 et 2008 j'ai participé aux Championnats de France traditionnels, avec une médaille d'argent en 2007, et en 2009 à l'Open Européen de Tai Chi Chuan traditionnel.

- Comment s'est passé ton premier contact avec cette discipline ?

Question personnelle...En tai chi, chacun y vient avec une recherche et y trouve des trésors insoupçonnés si il a la ténacité de poursuivre.
je cherchais une discipline physique harmonisant le corps et l'esprit. Je tâtonnais entre le yoga et le qi gong, trop raide pour le premier et me demandant où trouver le second.
Le minitel (je vous parle d'un temps que les moins de....) m'a fourni quelques adresses. j'ai téléphoné à un numéro..; et suis sorti 45 minutes et un quasi sauna plus tard de la cabine téléphonique... Je suis tombé sans le savoir sur Anya Méot, une femme passionnée et remarquable, immense pratiquante reconnue, qui est devenue ma seconde prof en stage. Elle m'a orienté vers celui qui est encore avec bonheur mon professeur Hugues Deriaz.
J'ai poussé la porte de la petite salle de l'époque à Marolles en Brie. D'une certaine façon,je pourrais dire que je ne sais toujours pas pourquoi j'ai mordu à l'époque à ce "truc" auquel on ne comprend rien pendant un bon moment (nous les occidentaux aimons bien comprendre, analyser décortiquer expliquer savoir vite...)... mais quelle importance? Aujourd'hui le taichi m'apporte tant que je ne pense pas pouvoir le "sortir de ma vie".

"..une médaille d'argent en 2007 et en 2009 aux championnats de France ..."

- Dans quel état d'esprit es-tu en ce moment et quels sont tes projets ?

Je suis un passionné optimiste. Mon appétit de tout ce qui se construit autour et grâce au tai chi dans ma vie est important.
J'ai en projet de passer le CQP dont je t'ai parlé, et un jour l'ATT3, une attestation technique d'entrée au niveau professionnel. J'en ai pratiquement le niveau technique, il me suffirait de quelques stages de préparation. Cela fait progresser, en structurant et affinant les connaissances, et apporte la reconnaissance du niveau atteint dans le cursus normalisé à la française, rien de plus, rien de moins.
Disons que j'ai déjà l'équivalent d'une ceinture noire avec quelques dan, cela revient à en passer un de plus. Rien d'indispensable au sens traditionnel chinois.

"..tout ce qui se construit autour du Taï Chi dans ma vie est important ..."

- Quel est (quels sont) ton (tes) plus beau(x) souvenir(s) de pratiquant ?

Difficile à dire... Je pense paradoxalement à la difficulté physique et mentale de mon premier stage intensif d'une semaine, ou au bonheur de la réussite de mes examens, à la sensation fabuleuse qu'on a après une semaine de stage en ne faisant que cela pendant 9 heures par jour...mais aussi à plein de détails secrets que je reçois des pratiquants du cours de Varennes sans qu'ils le sachent.
Transmettre est un partage qui apporte des rencontres magiques, et qui pousse à progresser. Enfin je vis cela ainsi.

- Quelle est la (les) rencontre(s) qui a (ont) été importante(s) pour toi pendant ces années de pratique ?

J'en ai parlé un peu précédemment. Il y a un lien particulier qui se tisse entre professeur et élève de longue durée dans nos arts. Au Japon je crois que cela s'appelle entre "senpai" et "kôhai".
En tout premier lieu, la rencontre avec Hugues Deriaz est celle qui illustre ce lien. Mais il existe aussi avec Anya Méot. Et recevoir l'enseignement de Maître TUNG Kai Yin quand il vient en France a aussi été important.

"..on aborde les armes quand on tient debout ..."

- Quelles sont les différentes armes utilisées et quel est l'importance de leur travail ?

Dans notre école (YANG de syle TUNG) en France nous pratiquons le sabre, l'épée, les doubles bâtons et la longue perche a aussi été abordée mais plus maintenant, bien que notre professeur national pense y revenir.
A cela s'est ajouté l'éventail, comme arme de "démonstration".
On aborde les armes quand on "tient debout". cela veut dire avoir acquis un niveau suffisant de maîtrise de la posture, de l'enracinement, de stabilité. On peut aussi parler de niveau mental de maîtrise des émotions.
Leur pratique concourt à affiner le geste, à renforcer les muscles utiles en poussant à un meilleur lâcher prise combiné à une meilleure présence dans les mains.
Les enchaînements d'armes sont aussi de nouvelles "chorégraphies" à apprendre. Mais au lieu de charger l'esprit, cela concourt à fixer et améliorer en parallèle la connaissance de la "Forme", l'enchaînement lent de base que tout le monde doit toujours continuer de pratiquer inlassablement.

- Qu'est-ce que le Taï Chi Chuan t'apporte dans la vie quotidienne ?

Il y a des apports que je perçois consciemment et d'autres dont je n'ai pas conscience, ou dont je prends conscience par les personnes extérieures.
Il m'a apporté en vrac un peu plus de souplesse (je suis "raide" côté articulations), à la fois physique et mentale. Il m'a musclé. Il m'apporte calme, sérénité, et surtout une vision positive de toute situation qui se concrétise aussi bien en terme de management professionnel, ou de vie courante.
Il m'a aussi ouvert sur d'autres disciplines d'origine chinoise auxquelles je n'aurais pas pensé m'intéresser, telles que la langue chinoise, les philosophes chinois, la culture traditionnelle, le feng shui, l'approche liée à la santé ...
La vision globale de l'homme lié à son environnement, qui doit le respecter pour pouvoir en tirer sa force, est aussi devenue prépondérante pour moi.

    

- Comment définirais-tu ton Taï Chi Chuan ?

C'est difficile de parler de son propre tai chi. Avec le travail, il mûrit, progresse, se "personnalise" tout en respectant la justesse de détail exigée.
Mon tai chi est au départ dans l'esprit du style de notre Maître, c'est à dire épuré, traditionnel et martial.
On m'a parfois dit qu'il était relativement "puissant", mais cela n'a pas de sens général pour moi.

"..je suis un passionné optimiste ..."

- Tu es enseignant au club de Varennes, quel est selon toi ton apport personnel dans cet enseignement ?

C'est comme pour chaque professeur d'un sport qui nécessite de l'engagement, l'apport lié à ma personnalité (plutôt bavard, détaillé, même si j'ai entendu des élèves me dire "tu ne parles vraiment pas beaucoup"...) et mon chemin, mon intérêt modeste pour la culture et la philosophie traditionnelle chinoise qui sous-tendent notre Art.

- Tu viens de participer à l'Europa Taïchi fin février ! Comment ça s'est passé ? Peux-tu nous donner quelques détails et quels titres as-tu déjà à ton palmarès ?

En février j'ai eu le plaisir de.. participer, comme disait le baron Pierre de Coubertin ! Je me suis engagé avec appétit pour le plaisir de partager, de voir, de montrer, de soutenir les copains et aussi de découvrir certains exercices. Je n'ai vraiment pas eu le temps de préparer, mes résultats sont moyens au sens du classement. J'en retire le plaisir d'avoir pu progresser dans la gestion du stress de compétition, d'engranger de l'expérience utile pour mon chemin et aussi à transmettre aux élèves qui voudraient un jour en faire aussi.
C'est toujours mieux de savoir de quoi on parle...

Côté palmarès, j'ai donc un "titre" de vice champion de France en tuishou à pas fixes, une épreuve de poussée d'un adversaire avec les mains en gardant les pieds fixes sur le sol.
Ce type de confrontation met en jeu la capacité à absorber la poussée de l'adversaire, à sentir ses tensions et ses directions d'instabilité pour en profiter, le pousser assez pour qu'un pied décolle.

- Le Taï Chi Chuan, c'est avant tout une histoire de famille. Y a-t-il des échanges, des contacts entre les différents courants et styles ?

Il y en a au travers des rencontres que l'on fait lors des formations fédérales ou de diverses manifestations de type "open" ou "forum" ou championnats. Mais pour le pratiquant qui débute et pendant un temps assez long, il me semble plus perturbant qu'enrichissant de passer d'une école (un courant, un style) à l'autre. Il faut déjà une certaine stabilité dans ses propres acquis pour pouvoir prendre, analyser chez les autres sans se déstabiliser.
Le taichi n'est pas comme j'imagine le tennis, où l'on peut passer d'un club à l'autre en jouant toujours au tennis. D'une école à l'autre les détails des gestes de la pratique de base qu'on appelle la "Forme" peuvent être très différents, même entre 2 écoles d'un même style... un peu comme un arbre, un tronc unique mais plein de branches différentes ayant les mêmes racines.
La lecture de livres de différents Maîtres peut etre enrichissante, car en général porteuse de réflexions plus intellectuelles et philosophiques que de détails de gestes à faire. L'intention et l'esprit sont très présents dans nos pratiques.

- Quelle question aurais tu aimé que je te pose ? Et quelle aurait été ta réponse ?

Je ne vois pas...merci pour ta curiosité !



Merci Philippe d'avoir livré ta passion à la lecture en répondant à nos questions. Une lecture calme et reposante, un voyage paisible au coeur d'une tradition, d'une discipline, d'un sport et d'un état d'esprit.

P@scal

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