Jean-Marc HEMMAR (Vô Viêt Nam) le 27 janvier 2015

Le 27 janvier 2015

La rencontre entre Vo Sinh et Aïkidokas, entre Villecresnes et Varennes-Jarcy a été des plus intéressantes et des plus enrichissantes mais 1h30, c'est définitivement trop court pour appréhender un art martial aussi complexe que le Vo Viet Nam !
Aussi, Jean-Marc Hemmar, notre invité de ce mardi 27 janvier 2015, a eu la gentillesse de s'attarder un peu dans nos vestiaires pour répondre à nos questions, à notre curiosité. Une interview empreinte de philosophie et d'histoire.

- Peux-tu nous préciser les grandes étapes de ta pratique des arts martiaux ?

J'ai pratiqué le judo comme beaucoup d'enfants et ados, puis j'ai un peu cherché vers d'autres disciplines, en testant différentes pratiques de combats mais sans vraiment trouver ce que je recherchais dans la pratique d'un art martial.

- Comment s'est passé ton premier contact avec le Vô Viêt Nam ?

J'ai vu un ami pratiquer certaines techniques, je l'ai interrogé sur ce qu'il pratiquait. Son approche n'était pas seulement technique, il insistait sur le fait que la technique était au service de valeurs qui sont importantes pour moi comme la solidarité et le partage.
Je suis donc allé voir l'école de Vo Viet Nam à Champigny, fondée par Jean-Denis Castro qui a été très proche de maître Moc pendant des années et je lui ai demandé s'il m'accepterait dans son école.
Au fil des années j'ai rencontré des pratiquants et des professeurs qui partageaient ces valeurs et qui surtout les mettaient en oeuvre dans leur vie au quotidien.

"..des pratiquants et des professeurs qui partageaient ces valeurs ..."

- J'ai lu que les techniques et la philosophie du Vô étaient très liées à l'histoire du Viêt Nam. Peux-tu nous en dire plus ?

Le Vo Viet Nam est basé sur des techniques de défense et c'est effectivement à l'image de l'histoire du peuple vietnamien. Son territoire a régulièrement été envahi, les Vietnamiens ont su tirer parti de certaines occupations, chasser les envahisseurs y compris les colons français puis les Américains. Mais ce peuple n'a jamais envahi d'autres pays, la seule intervention à l'extérieur de ses frontières a été celle contre les Khmers rouges au Cambodge.
Le maître Moc a intégré dans son art des apports venus de l'enseignement d'un moine shaolin avec lequel il a travaillé à son adolescence après avoir appris les bases du Vo avec son père et son oncle. Il y a aussi des mouvements qui viennent d'autres arts martiaux, avec un souci : l'efficacité pour se dégager d'une attaque et mettre son ennemi hors d'état de nuire, sans chercher à le poursuivre davantage.

- Quelques mots sur le fondateur de votre fédération et sur l'arrivée de son art en France ?

Maître Moc est né au Nord Vietnam en 1913, il a été initié à ces techniques traditionnelles par son père et son oncle, tous deux maîtres de Vo. Il faut préciser que dans tous les villages il y avait un maitre qui avait comme rôle de protéger la population par exemple contre les attaques de bandits qui existaient encore dans les années 1920-1930.
A l'âge de 16 ans, en 1929, il devient disciple d'un maître nommé Hoang Hao Ba, venu du monastère Ma Duong Cuong au sud de la Chine. Nguyên Duc Môc étudie avec son maître jusqu'à l'âge de 26 ans, en 1939, date à laquelle il reçoit l'ordre d'embarquer pour aller combattre en France au sein de l'armée coloniale qui débarquera dans le sud de la France en 1944.
Après la Libération, Nguyên Duc Môc refuse de partir combattre son peuple en Indochine, il quitte l'armée et travaille à partir de 1947 aux usines Renault, à Boulogne-Billancourt. A maintes reprises, à la suite de provocations racistes fréquentes à l'époque contre les Vietnamiens et contre les Nord-Africains, il est obligé de se défendre, ses collègues de travail le questionnent, pensant qu'il s'agit du judo, seul art martial connu à l'époque. Il leur parle alors du Võ-Viêt-Nam, art martial du Viêt-Nam et commence à enseigner dans le seul but de leur permettre de se défendre. Ensuite d'autres élèves se joindront à l'école, plusieurs salles seront créées.


"..Maître Nguyên Duc Môc Nguyên Duc Môc est né au Nord Vietnam en 1913..."

- Quelles sont les rencontres qui ont été importantes pour toi pendant tes années de pratique ?

Jean-Denis Castro avec qui j'ai commencé bien sûr, quelqu'un qui a fait un long parcours technique mais pas seulement.
L'ami par lequel j'ai découvert cette technique, Joël et son fils Christophe qui a commencé très jeune et qui est aujourd'hui parti au Vietnam, prolongeant son parcours par un travail sur la méditation, l'énergie interne, la quête spirituelle.
Il y a Jean qui m'accompagne depuis deux ans dans la mise en place de la salle à Villecresnes, il a travaillé longtemps auprès du maître et il nous apporte beaucoup sur tous les plans. Et puis en ce moment notre salle se rapproche de la Fédération française qui commence à se structurer, et là aussi il y a des gens très investis, qui partagent le souhait de transmettre le Vo, pas seulement dans son aspect technique mais aussi pour faire vivre les valeurs dont je parlais tout à l'heure.

 

 

- Quel(s) est (sont) ton (tes) meilleur(s) souvenir(s) de pratiquant ?

Une étude de combat qui m'a laissé quelques côtes cassées... les stages d'été qui nous permettent de nous retrouver en familles et entre pratiquants, ce sont toujours de bons moments. Quand j'ai réussi à maîtriser certains taos aussi...

  "..Une étude de combat qui m'a laissé quelques côtes cassées ..."

 - Peux-tu rapidement nous présenter les personnes qui t'ont accompagné pour cette animation à Varennes-Jarcy ?

Jean dont j'ai déjà parlé, qui vous a présenté le tao de bâton court. Plusieurs Vo Sinh qui ont commencé cette année : Fabien, Léo, Jean-Luc, et quelques-uns plus anciens : Phu, Eric, Stéphanie.
Actuellement nous sommes 24 à nous retrouver à Villecresnes de 12 à 67 ans, chacun pratique selon son âge et ses capacités. Nous espérons ouvrir un cours enfants l'an prochain.

"..Les enfants sont très demandeurs de pratiquer les armes ..."

- Lors de notre interclubs, tu nous as présenté pas mal d'armes. Leurs études sont-elles accessibles dès la première année de pratique ?

On ne commence pas tout de suite la pratique des armes, il y a déjà beaucoup de techniques à voir pour acquérir les bases : 108 mouvements de pieds et mains, à partir desquels ont été conçus les 8 taos de base et les applications à deux. En général en 2e année les élèves commencent à pratiquer la lance qui permet de poursuivre le travail sur les positions et les déplacements. Ensuite on ajoute une arme par niveau : le bâton, le bâton long, l'épée, le sabre. Mais il y a des adaptations, par exemple pour les enfants il y a souvent des petits taos adaptés pour leur permettre de commencer le bâton court et l'épée, parce qu'ils sont très demandeurs de pratiquer les armes.

 

 - Comme en Aïkido, la pratique des armes est-elle étroitement liée à la pratique à mains nues ?

Oui dans la mesure où l'arme est un prolongement du corps. Pour la lance typiquement si on ne marque pas correctement ses positions, si on ne se déplace pas de la bonne façon, on est gêné par son arme. Le bâton court ou l'épée sont vraiment des prolongements du bras. L'arme sert aussi à protéger son corps, à parer certains coups.

"..l'arme est un prolongement du corps."

- Tu as beaucoup parlé de l'étude sous forme de Tao. Qu'est-ce que c'est exactement ?

Un tao c'est une leçon. Elle prend la forme d'un enchaînement qui est un combat imaginaire au départ, l'élève va mobiliser dans cet enchaînement ce qu'il a appris dans la série de mains et la série de pieds qui correspondent au niveau du tao qu'il apprend. Une fois qu'il connaît son tao, il va le mettre en application et le tao se pratique à deux.

"..le tao est une leçon ..."

- Pour finir, quelle question aurais-tu aimé que je te pose ? Et quelle aurait été ta réponse ?

Quand est-ce qu'on se revoit ? Réponse à construire ensemble...



Merci Jean-Marc pour toutes ces précisions et pour ton animation. Nous sommes heureux et honorés de t'avoir rencontré, ainsi que les membres de ton club. Nous sommes également persuadés d'avoir tissé de nouveaux liens avec des personnes qui, comme nous, ont soif de découvertes dans un esprit de partage et d'échanges.
Longue vie à cette nouvelle amitié entre Villecresnes et Varennes-Jarcy, entre Vo Sinh et Aïkidokas !

P@scal

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